La Vénus électrique : amour et trahison
Ça m’arrive de mentir… Au boulot je dis parfois «ah mince, j’avais complètement oublié ce dossier». C’est faux. Je m’en rappelais totalement mais j’avais la flemme. Je comptais sur toi pour me mettre la pression au moment où ça deviendrait urgent. Cela étant dit, je mens moins que les personnages du film La Vénus Electrique, de Pierre Salvadori.
Le réalisateur met en scène Suzanne. Elle est une jeune foraine endettée, dont le nom de scène est «la Vénus électrique». Je reviendrai sur la raison du surnom un peu plus tard. Elle se retrouve, par un quiproquo, à jouer la médium auprès d’Antoine. Lui est un peintre plutôt riche. Pour quelques billets, elle lui fait croire qu’il entre en contact avec Irène, son amour récemment décédé.
Armand, l’ami et galeriste d’Antoine, profite de cette arnaque et y participe car la situation redonne de l’inspiration au peintre. Il peut donc à nouveau vendre les toiles de son ami. Armand et Suzanne se partagent ainsi les bénéfices.
La situation de départ est donc un nœud de mensonges et de faux semblants. Tout s’articule autour de l’idée que le mensonge crée la discorde et empêche l’amour. On vit d’ailleurs la romance entre Antoine et Irène par un procédé simple: Suzanne vole le journal intime de la défunte dans la villa de l’artiste. La lecture des souvenirs nous permet de les vivre à l’écran.
Deux temporalités sont donc jouées en parallèle: celle avec Irène; et celle avec Suzanne. Les mensonges du passé se répercutent dans le présent et ceux du présent révèlent ceux du passé. Tout s’entremêle.
Salvadori souligne ce chevauchement avec de belles idées de séquences au montage alterné. Un plat est commandé par Irène et l’assiette arrive sur la table de Suzanne. L’une passe la tête sous l’eau d’un lac. L’autre en ressort. Des idées inventives qui permettent de naviguer des souvenirs au présent. Et aussi de lier symboliquement les deux femmes.
Ce n’est plus la morte qui prend possession de la vivante, mais la voyante qui prend possession de la défunte. En lisant son journal intime, elle a accès à son esprit, à ses pensées les plus secrètes. Elle devient l’autre. La situation s’inverse. Tout se mélange. Les sentiments aussi. Il y a une scène où Suzanne, dans son mobil home, lit le journal intime à voix haute. C’est un passage de plaisir charnel avec Antoine. Les phrases lues par Suzanne le sont aussi en superposition par Irène. On entend donc les deux voix. Petit à petit, elles se croisent et on n’entend plus que celle de la Vénus électrique. Encore une idée simple mais efficace pour nous faire comprendre, qu’à son tour, elle tombe amoureuse du peintre.
Le film tourne pas mal autour de ces mensonges et de ces superpositions de souvenirs. Et je n’ai donné qu’une partie de ces quiproquos ! Il y en a à la pelle dans le film. Cette ribambelle de non-dits empêche un peu certaines idées d’être développées. La confusion d’identité entre Suzanne et Irène aurait pu être étirée au-delà des courtes séquences que j’ai évoquées. Il y a aussi d’autres belles propositions qui méritaient plus. Par exemple, Suzanne est exploitée par un homme auquel elle doit de l’argent. Pour le rembourser, elle est la Vénus électrique. Tous les jours, à la fête foraine, elle monte sur scène et vient recevoir le baiser d’hommes en manque d’amour. Lorsque les lèvres se touchent, un courant électrique parcourt les deux corps. Chaque homme croit donc avoir un coup de foudre. Là encore, il y a cette idée des faux-semblants. Mais je trouve qu’il y a quelque chose d’intéressant sur la situation de cette femme. Sur sa nécessité d’obtenir de l’argent pour se libérer de cette emprise. L’exploitation de Suzanne la pousse à exploiter le malheur du peintre. Même si le film le traite un peu, il ne peut pas prendre le temps de le creuser réellement.
Cela dit, La Vénus Electrique est en majeure partie une comédie. Et j’ai ri. Anaïs Demoustier, dans le rôle de Suzanne, a quelques répliques qui font mouche. Gilles Lellouche, qui joue Armand, a un talent comique indéniable. Il lui suffit de soulever un bout de sourcil et on est plié. Sur ce point, le film touche juste.
La Vénus Electrique était le film d’ouverture du festival de Cannes qui a débuté mardi.
C’est fête du cinéma: cet art qui pratique l’illusion de nous faire croire à des histoires qui n’existent pas. Pas étonnant donc que l’intrigue prenne place dans une fête foraine habitée de médiums, magiciens et autres spécialistes du subterfuge. Et dans sa myriade de faux-semblants, La Vénus Electrique nous plonge dans les abîmes de ce mensonge consenti qu’est le cinéma.
–
Chroniqueur: Nicolas
Animation: Judith
Réalisation: Eval et Paulo
Première diffusion antenne: 15 mai 2026
Crédits photos : Guy Ferrandis et Les Films Pelleas
Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Commentaires
Pas encore de commentaire pour cet article.