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Half Man : impossible à regarder… impossible à arrêter

Sylvia | 19 mai 2026

La nouvelle série de Richard Gadd, Half Man, est impossible à regarder et impossible à arrêter.
Richard Gadd c’est avant tout l’auteur et comédien écossais qui a écrit et créé la série «Mon petit renne» en 2024. Une histoire glauque sur un humoriste harcelé par une femme pendant plusieurs années, et qui parle également de traumas enfouis. Un récit basé sur la vie pas très marrante de Richard lui-même. Il revient cette année avec une nouvelle série «Half Man» ou «demi-homme». Et on reconnait son style! Cette série est inconfortable au plus haut point, tu regardes presque les scènes en fermant les yeux et pourtant tu continues. Ça commence avec le mariage typiquement écossais de Niall et de son futur mari, Alby dans une magnifique petite église de campagne anglo-saxonne. La cérémonie est interrompue par la venue de Ruben, le demi-frère de Niall. Commencent alors des flashbacks sur l’adolescence de Niall et Ruben. On y voit la violence et les traumas qui relient ces deux hommes.

On est loin de la série «feel good». Niall est brillant à l’école mais se fait harceler à cause de son homosexualité qu’il essaye de cacher. Après le décès de son père, sa mère se remet en couple avec Maura, dont le fils Ruben, qui sort de détention, vient rejoindre cette famille.
Les deux adolescents partagent une chambre et leur relation est malsaine dès le départ. Par exemple, Ruben ramène une fille un soir et ils forcent Niall à coucher avec elle pour le remercier de l’avoir aidé à tricher à des examens.

Le lendemain, les deux jeunes hommes fument un joint avant d’aller à l’école. Sur le chemin, Niall se fait humilier par trois garçons de son lycée. Ruben va assister à la scène puis plaquer Niall violemment contre un mur, avec un couteau, et lui demander froidement s’il se fait harceler. Ruben va ensuite tabasser le plus fort des trois garçons pour défendre son demi-frère et c’est là qu’on voit tout l’enjeu de la série: On ne sait jamais s’il est en train de le protéger ou de lui faire peur à lui aussi.

Malgré le malaise de Niall devant ce demi-frère plein de colère, il admire son côté «sur de lui» et va chercher son approbation.
Pendant qu’on découvre cette relation toxique, le mariage continue en parallèle. Je ne peux pas trop dévoiler sans spoiler mais on voit Niall passer une grande partie de sa vie à cacher son homosexualité jusqu’à des conséquences catastrophiques et essayer de ressembler à quelque chose qu’il n’est pas.

Le réalisateur arrive à filmer la masculinité toxique d’une manière unique. Il nous montre une homophobie intériorisée, la violence masculine et le malaise autour du désir sexuel dans un monde presque banal. Et c’est ce contraste qui fait qu’on devient accro et qu’on s’attache aux personnages.
La série nous montre aussi comment certains garçons apprennent à devenir des hommes à travers la peur, et on observe cette manipulation qu’ont les prédateurs à alterner entre destruction et protection.

Il y a cette scène qui se passe pendant le mariage, où les deux frères se retrouvent dans une grange, Ruben donne un coup de poing à Niall qui tombe par terre. Quand il reprend ses esprits, Ruben le calme avec des exercices de respiration et des mots rassurants avant de le frapper à nouveau.
Quand on passe d’un mariage en Ecosse à une scène de violence physique dans une grange, on devient nous aussi assez crispé parce qu’on ne sait jamais dans quelle direction on va être transporté. On finit par ressentir la même anxiété que Niall pendant toute la série. Je peux te dire que pour une fois, je n’avais pas mon téléphone à côté de moi quand je regardais la série.

Mais ça vaut la peine de regarder, parce qu’il n’y a pas que des scènes qui dérangent. La cinématographie est tout ce qu’on attend d’un drame britannique: des couleurs brutes et réalistes. Des paysages gris et familiers. Une ambiance générale glauque mais sincère.
Ensuite, un jeu d’acteur comme on en voit peu: Jamie Bell dans le rôle de Niall adulte est toujours aussi bon! Il a percé tout jeune avec le film Billy Elliot ou plus récemment dans les «Aventures de Tintin». Son jeu, ses regards et ses dilemmes intérieurs laissent sans voix.
Stuart Campbell, qui joue le jeune Ruben, est incroyable. Il mélange intensité et nonchalance d’une manière tellement unique. Le jeun Niall, sa maman, Alby… c’est rare de voir une série avec autant de talents.

La réalisation aussi est top: le rythme, les silences, l’ambiance. Chaque minute est un voyage émotionnel et visuel. Par exemple, quand on observe Niall à l’université en train de discuter avec ses nouvelles copines dans la cuisine tout en attendant de voir si Ruben va débarquer énerver et péter un plomb. On est avec lui dans cette attente et on regarde aussi la porte pour voir s’il va rentrer.

La série est dure mais elle fait ce qu’elle doit: elle te prend aux tripes dès les premières minutes. Elle reste en tête et te fait réfléchir. Et surtout, elle ouvre la discussion. Si j’avais des garçons, je prendrais le temps d’avoir les conversations difficiles mais nécessaires avec eux. Afin de m’assurer qu’ils ne sont pas en train de souffrir en silence à l’école ou ailleurs.


Chronique : Sylvia
Animation : Lionel
Réalisation : Paulo
Première diffusion antenne : 18 mai 2026
Crédits photos : HBO Max
Publié le 19 mai 2026

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Une publication de Sylvia


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