Toute ma vie, doc suisse sensible sur un ado en crise
Lionel, je ne sais pas ce que tu en penses, mais pour moi une qualité indispensable dans toute œuvre artistique que ce soit en musique, en littérature ou au cinéma c’est la sincérité. À partir du moment où l’auteur d’un film ou d’une musique est sincère dans sa démarche, le résultat ne pourra jamais être totalement mauvais. En partant de ce principe, même un gros Marvel peut être un bon film si le réalisateur croit et aime son histoire (et a un peu de talent bien sûr). A l’inverse un Almodovar peut rater son coup lorsque Pedro est plus cynique que sincère et s’intéresse davantage aux financements YSL qu’à la valeur artistique de son film. Toute référence avec son dernier long métrage serait évidemment complètement volontaire. Bref , tout cela pour dire qu’un film sincère n’est pas forcément synonyme de chef d’œuvre mais il sera à tout le moins intéressant et honorable . Et pourquoi cette petite intro autour de la sincérité me demanderas tu ?
Et bien je te dirai ça tout à l’heure , je fais planer un peu de suspens mais n’aie crainte , cela n’a rien à voir avec ta coupe de cheveux actuelle. Mais introduisons plutôt le long métrage de ce soir. Il s’agit du documentaire suisse Toute ma vie réalisé par Mathias Carlier. Toute ma vie suit Noah, un jeune adolescent lausannois confronté à des conflits familiaux, parfois à la justice, mais animé par-dessus tout par la passion du vélo. Bon pas le vélo à la papa en mode petit short cycliste et casquette assortie. Non la passion de Noah est liée à la bike Life. Ses adeptes aiment prendre des risques avec le vélo via la vitesse , des figures osées ou encore du Wheeling – grosso modo la capacité de faire des roues arrières hyper risquées.
Toute ma vie suit dont Noah pendant cette période charnière qu’est l’adolescence plus précisément ici entre ses 13 et 16 ans. Noah cherche sa place dans sa famille et plus généralement dans la société Le film nous fait comprendre à demi-mots qu’il a vécu une enfance difficile et que sous ses airs faussement durs, Noah se questionne et se perd un peu. On le suit avec ses amis, avec sa famille (sa mère et sa sœur) , on le voit dériver de foyer en foyers, parfois dormir dehors ou chez le réalisateur qui l’héberge à l’occasion . On comprend qu’il fait des conneries mais on voit que ce n’est pas un mauvais gars. Le documentaire jongle ainsi entre les questions sur son avenir , ses problèmes personnels et sa grande passion la bike Life à Lausanne.
Le réalisateur arrive à bien utiliser la géographie du bord de lac et des hauteurs de Lausanne. Après, quelque part le paysage est tellement cinégénique, que franchement c’est le contraire qui serait étonnant. De façon globale, le documentaire est bien filmé, Mathieu Carlet le réalisateur alterne différents types de scène, moments intimistes au bord du lac, dialogues et éclats de rire ou de colère avec la famille ou ses amis, situation plus cadré avec les rendez-vous administratifs, adrénaline et énergie avec les descentes en vélo. Le cinéaste se fait généralement complètement oublié mais peut également être présent à travers quelques scènes d’échange avec Noah. L’ensemble donne un film maitrisé avec un juste équilibre entre tous les éléments de vie de Noah.
Ce documentaire n’est pas une enquête de terrain sur la jeunesse lausannoise en 2026 ou sur la bike Life suisse. Le réalisateur a noué un lien de confiance avec ce jeune personnage un peu cabossé, un peu en crise, et il a voulu montrer les tourments d’un gamin de 13/14 ans. Les difficultés de Noah ne peuvent représenter celles d’une génération, le réalisateur s’intéresse plus au parcours intime de Noah , à son évolution dans cette période charnière. S’ensuit un film intimiste, à fleur de peau, ou toutes les composantes d’une vie (famille, amis, formation, loisirs) s’imbriquent pour essayer de former le portrait le plus juste d’un individu.
On en revient finalement à mon introduction autour de la sincérité. Ce documentaire est bon dans le sens où il retranscrit honnêtement la personnalité et les tourments d’un adolescent. La multiplicité des situations, le fait que le tournage se soit déroulé sur 3 ans, et surtout l’empathie qu’a le réalisateur pour Noah, donne à ce documentaire une grande qualité, celle d’un regard neutre avec une absence de jugement. Après, est ce que le film a été une claque d’un point de vue formel, dans sa construction ou dans l’émotion qu’il a généré chez moi, non. Toute ma vie reste un documentaire assez classique avec un sujet déjà très souvent traité (un adolescent en difficulté) , et dans une forme qui ne révolutionne pas le genre. Ainsi sa sincérité et son absence de préjugé est le vrai point fort du film . Au final , on n’oubliera pas Noah, son regard mélancolique et son tiraillement entre soif de liberté et démons intérieurs.
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Animateur : Lionel
Chroniqueur : Johan
Réalisateurs : Léo, Marlon, Théo
Crédits Photos : Bande à part films
Date de publication : 10.03.2026
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