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CinemaÉcransLa Quotidienne

La Grazia : nouveau Sorrentino, nouvelle dezilusione

Johan | 2 février 2026

Hello Lionel, alors aujourd’hui nous retrouvons notre ami Paolo Sorrentino, le fameux réalisateur italien de la Grande Belleza, pour son nouveau film La Grazia. Tu te souviens peut-être de son précédent long métrage Parthenope, sur la ville de Naples, que l’on avait chroniqué l’année dernière. Alors petit reminder, la chronique n’avait pas été très positive ; j’avais trouvé le film assez superficiel sur le fond et avec une esthétique un peu tapageuse. Bon après, nouveau film, on laisse la chance au produit comme on dit.
L’histoire de la Grazia est relativement simple. Le président de la république d’Italie, est à 6 mois de la fin de son mandat, ce qui signifie pour lui sa retraite professionnelle. Dans ce contexte, il n’est clairement pas débordé, à tel point qu’il ne lui reste que deux décisions à prendre : d’une part de signer ou non une loi sur l’euthanasie et d’autre part de potentiellement gracier deux détenus – une femme et un homme – qui ont tué leurs conjoints respectifs mais pour des raisons différentes, l’une parce qu’elle était battue, l’autre parce que sa femme était en phase terminale d’Alzheimer. Pendant 2h10 on va donc suivre la réflexion, certains diront les atermoiements du Président quant à ces deux décisions. On comprend aussi que la question de la mort, de son choix subi ou choisi sera le sujet majeur du film.
Ces dilmenes et cette fin de vie professionnelle l’amène, lui ancien juriste, à une introspection sur son parcours, sa solitude actuelle et ses choix de vie. On est clairement dans une ambiance méditative, un peu crépusculaire. Le scénario est très ligtht – on pourrait presque dire pauvre au regard de la durée du film. Il y a très peu d’avancées, très peu d’histoires secondaires développées. La Grazia enchaine des plans du Président dans son palais présidentiel, en grand angle pour montrer combien il est seul dans ces immenses pièces pratiquement vides. A tel point que je pourrais résumer le film comme un long plan du président assis dans un fauteuil et méditant solennellement. Tony Servillo, qui est l’acteur principal qu’on retrouve dans pas mal de films de Paul Sorrentino, conserve cette tête de Droopy sévère et pensif pendant tout le film. Et C’est très long de regarder un Droopy pensif pendant 2h10. A ces plans, le réalisateur rajoute une voix off omniprésente censée exprimer les pensées du président. On l’entend donc ressasser ses questionnements ou son amour pour sa femme décédée ou plutôt son amertume sur le fait qu’elle l’ait trompée 40ans plus tôt. Conscient du côté un peu lassant due ce dispositif, le réalisateur ajoute aussi pas mal de scènes très dialoguées censées donner du rythme et des reparties mais cela donne surtout un côté bavard et superficiel car ne fait pas véritablement avancer le récit.
Comme Paolo Sorrentino craint l’ennui du spectateur, à juste titre d’ailleurs, il enrobe cette pseudo réflexion sur la fin de la vie par une esthétique très recherchée, très léchée, à la Sorrentino quoi. Donc on a le droit à des plans extrêmement graphiques, des ralentis, des scènes dans le brouillard ou limites stroboscopiques… Mais cette esthétique ne colle pas vraiment au sujet et apparaissent comme des afféteries sans intérêt. Cela ne fait que renforcer un certain sentiment de vide. C’est d’ailleurs le reproche que l’on pouvait faire pour Parthenope. Le film essaie de faire intelligent mais ne l’est pas, et on a le sentiment que la forme ne sert alors qu’à tenter de masquer la pauvreté du fond et non de sublimer le film. Un peu comme un beau décor en carton-pâte. C’est joli mais creux. C’est dommage car le film pose une question intéressante sur le sens de la vie et l’acceptation de la mort. La vie ne devient -elle pas à un moment sans intérêt. Ou trop lourde ou ennuyante à supporter. Cela pourrait être passionnant mais il aurait fallu que Sorrentino creuse pas ses intuitions et ne reste pas à la surface des choses.
Dans les arts tu peux reconnaître deux profils d’artiste. D’une part celui qui creuse toujours le même sillon, dans lequel tu reconnais toujours sa patte (par exemple Modanio en littérature ou Woody Allen en cinéma) ou à l’inverse celui qui veut toujours innover ou en tout cas tester de nouvelles approches ou de nouvelles techniques (comme un Kubrick pour le cinéma). Sorrentino c’est la première école, on reconnait son style, sa patte esthétique et certains adorent. De mon côté je n’y suis pas sensible. Je trouve ça creux et pas assez travaillé comme quelqu’un qui a du talent et qui se repose dessus. On attend beaucoup plus de Sorrentino mais pour terminer sur une note positive, j’imagine que pour un fan du réalisateur, il y retrouvera son esthétique et ses gouts. Ce n’est pas la grâce non mais ce sera peut-être un petit bonheur.

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Animateur : Lionel
Chroniqueur : Johan
Réalisateurs : Chloé, Léo, Théo
Crédits Photos : Pathé
Date de publication : 02.02.2026

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