Dééfait : noise rock viscéral et voix incantatoire
Est-ce que ça t’est déjà arrivé d’avoir l’impression qu’un disque était fait pour toi ?
C’est exactement ce que j’ai ressenti avec la première sortie des Français de Dééfait, dont je vais vous parler aujourd’hui.
Dééfait, écrit avec deux « é », est un groupe issu de la scène underground parisienne. Formé en 2023, il réunit les frères Valero, Lucas à la guitare, Pablo à la batterie, Enir Da à la basse, Grégoire Couvert à la guitare et Riki Lara au chant.
Le groupe dose très habilement les parties puissantes et les moments de calme planant. Naviguant quelque part entre le rock psyché et le noise rock, ils qualifient aussi leur musique de proto-punk païen, une étiquette qui leur va à merveille.
Sorti le 12 décembre, j’ai instantanément accroché et je l’ai écouté en boucle depuis. Dééfait, c’est un disque qui possède cette caractéristique que j’aime tant : celle de donner envie de remettre une pièce dans la machine une fois terminé. À chaque écoute, je me fais avoir en me disant « c’est déjà fini ? », et c’est reparti pour un tour. Et ce n’est jamais lassant, car leur musique est d’une grande richesse, d’une rare profondeur, et nécessite plusieurs écoutes pour se dévoiler pleinement.
Distribué par le label indépendant Ici, Dééfait nous dit avoir composé et enregistré ici et là, entre Montreuil, Pantin et Paris, dans le chaos que peut induire l’autoproduction. Une manière de faire qui leur va comme un gant, puisqu’elle renforce le côté viscéral de leur musique.
Avec Dééfait, on est entraîné dans une ambiance nocturne, festive, axée sur la transe. C’est rugueux, intense, et loin des codes de l’indie rock classique entendu des milliards de fois.
À l’écoute, on peut se demander ce qu’ils nous racontent. Les textes sont écrits en français, en anglais et en espagnol, et ressemblent bien plus à des incantations scandées, murmurées ou hurlées qu’à une ligne mélodique vocale classique. Il est donc difficile de discerner clairement des phrases cohérentes.
Dit comme ça, ça pourrait ressembler à une critique négative. Mais en réalité, c’est l’un des aspects les plus surprenants et les plus réussis du disque. Malgré l’absence de compréhension claire des textes, le chant fonctionne étonnamment bien. La voix est utilisée comme un instrument très rythmique, au service de la transe, et fusionne avec la musique de façon extrêmement organique.
On revient ici à une vision très primaire du chant, où la voix est considérée comme un son à part entière. Une approche radicale et rafraîchissante dans un monde où la pop et ses codes dominent largement les charts. C’est inexplicable, mais ça marche.
Pour celles et ceux qui voudraient aller plus loin, Dééfait a publié sur Bandcamp une description détaillant les thématiques abordées dans les paroles de chaque morceau. Les textes évoquent le dépassement du corps et de l’identité, la sortie des cadres humains et sociaux, pour aller vers la transe et la perte de soi. L’amour, le désir et le sacrifice s’y mêlent dans un monde saturé et dévorant.
Avec ses six titres et ses 35 minutes, on pourrait se demander s’il s’agit d’un album ou d’un EP. C’est bien un EP, le groupe ayant déjà annoncé un album pour 2026. Et autant dire que l’impatience est maximale.
Dééfait tourne pour l’instant surtout en France et en Belgique. Pas encore de date en Suisse, mais difficile de ne pas imaginer ce groupe trouver naturellement sa place sur les scènes alternatives helvétiques.
Dééfait, c’est un rock décalé, viscéral et novateur. Et c’est, pour la première fois en Suisse, sur Radio Vostok.
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Chronique : Adrien
Animation : Lionel
Réalisation : Antoine
Première diffusion antenne : 12 janvier
Crédit photos : @keitamille @zzeeuuggll
Publié le : 14 janvier
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