Violences dans les couples seniors : détecter et accompagner grâce aux pharmacies
Les personnes de 65 ans et plus représentent aujourd’hui 19% de la population suisse. D’ici à 2040 cette part augmentera de moitié. Les problématiques concernant leur mode de vie sont donc un réel enjeu de société, et c’est dans ce cadre qu’EGALITE.CH, la conférence romande des bureaux de l’égalité lance un nouvel outil, une formation en ligne destinée au personnel des pharmacies consacrée à la prévention des violences dans le couple chez les séniors. Colette Fry, membre du comité d’EGALITE.CH, nous présente ce module.
Des violences difficiles à détecter
Selon les chiffres de l’OFS, 16% des homicides dans le cadre domestique concernent des femmes séniores. Prévenir, détecter et bien orienter les victimes est donc impératif, des missions difficiles puisque les violences dans le couple sont très difficiles à identifier sans y être sensibilisé. Selon Colette Fry, cette violence est en effet invisibilisée : « les personnes âgées ne sollicitent pas les aides et donc n’apparaissent pas dans les statistiques d’aide aux victimes […]. On n’y pense pas non plus parce que dans les plaintes que les victimes peuvent émettre, comme les douleurs ou la fatigue chronique, on va penser que c’est lié à l’âge ». Une forme d’âgisme qui complique la détection d’une situation violente, que ce soit par l’entourage, ou par le personnel de santé.
En ce qui concerne les types de violence subies, Colette Fry cite les mêmes situations que celles vécues dans des couples plus jeunes : violences physiques, psychologiques, sexuelles, économiques, contrôle coercitif mais aussi des menaces plus spécifiques à la situation des séniores comme la menace de placer sa partenaire en EMS, de la faire passer pour folle ou de la priver de médicaments. Des situations qui parfois ne sont même pas identifiées par les victimes elles-mêmes. Dans ce cas « le rôle des intervenants professionnels sera aussi de rappeler et de dire que c’est de la violence qui n’a pas à être subie » rappelle Colette Fry. La méconnaissance des réseaux d’aide, la peur de déranger ou de ne pas être cru sont également des obstacles à la mise au jour de ces violences.
Le passage à la retraite, un moment charnière
Des situations bien souvent amplifiées par l’arrêt de l’activité : « dans notre société qui a beaucoup basé l’identité sur le travail c’est un moment de bouleversement intense, c’est aussi un moment où on perd une grande partie du réseau de sociabilité […] et puis les deux membres du couple vont être plus souvent ensemble dans le même lieu, à la maison, sans avoir d’espaces de respiration ».
Colette Fry rappelle avant tout l’importance de l’entourage dans la détection de ces situations de violence mais précise la nécessité d’aborder la question *avec empathie, pour amener une ouverture et permettre à la victime de parler. Certains signes doivent donner l’alerte, comme des hématomes, des troubles émotionnels, un état dépressif ou une vigilance accrue. Il est également crucial de contourner nos biais de représentations, et de ne pas imaginer que les violences dans le couple ne touchent que les personnes plus jeunes, souligne Colette Fry.
La formation
Pour faciliter la détection de ces violences EGALITE.CH a lancé le 25 novembre, à l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, une nouvelle formation qui cible tout particulièrement les pharmaciens/pharmaciennes : « les pharmacies sont un lieu essentiel pour détecter ces situations de violence et orienter les personnes victimes vers les structures adéquates, elles ont un rôle clé à jouer parce qu’elles sont un lieu de proximité. Même la personne la plus isolée socialement va aller à la pharmacie ». Trois modules permettent aux personnes désirant se former de comprendre la problématique des violences dans le couple et de se former à un protocole spécifique (DOTIP) permettant de repérer les violences et d’accompagner la victime de manière adéquate, sans l’infantiliser et en s’adaptant à sa situation. Colette Fry précise toutefois : « le rôle de cette formation n’est pas de faire de la pharmacie un service qui se substitue aux autres services sociaux c’est vraiment un lieu privilégié de détection et d’orientation ».
Invitée : Colette Fry
Journaliste : Emma Thibert
Réalisateur : Léonard Blanc
Première diffusion antenne : 03.12.2028
Rédaction web : Emma Thibert
Publié le 03.12.2025
Modifie le 09.12.2025
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